Psychosomatique

Le terme de psychosomatique, créé au début du XIXè siècle par le psychiatre allemand Heinroth, désigne ce formidable pouvoir du psychisme sur le corps qui peut, selon les circonstances, permettre la guérison ou la maladie.

 

Le domaine est aussi considérable que passionnant et on peut légitimement s’étonner qu’il ne soit le plus souvent enseigné sérieusement ni aux médecins ni aux psychologues au cours de leur formation.

 

Il est cependant bien connu de tout clinicien que la vie affective s’exprime de manière importante dans le corps et que des facteurs émotionnels peuvent contribuer à l’apparition de troubles somatiques divers.

 

Ce lien entre le somatique et les émotions est tout-à-fait fondamental et il est possible d’affirmer  que bien des manifestations de troubles ou de maladies somatiques sont très directement liées, sous une forme ou une autre, à un déficit de la fonction émotionnelle et de la mentalisation (cette dernière pouvant être définie comme la capacité de percevoir, d’exprimer, de traverser et d’élaborer ses propres contenus psycho-émotionnels).

 

L’histoire de la psychosomatique a été marquée par l’apport de très nombreux penseurs et cliniciens et on peut citer en particulier : d’abord bien sûr Georg Groddeck, contemporain de Freud et qui est un peu le père symbolique de la psychosomatique du début du XXè siècle mais aussi les américains Flanders Dunbar, Franz Alexander et l’école de Chicago dans les années 30. En France, à partir du début des années 60, l’Ecole Psychosomatique de Paris avec P.Marty, M. de M’Uzan, M.Fain et C.David a représenté un apport théorique et conceptuel fondamental. On peut également citer Jean-Michel Thurin et l’Ecole de Psychosomatique ainsi que l’apport individuel considérable, tant au plan clinique que théorique, de la psychanalyste Joyce McDougall.

 

Les principaux concepts efficients en psychosomatique sont les concepts de constellations psychodynamiques spécifiques (école de Chicago), de déficit de mentalisation, de pensée opératoire ou encore de dépression essentielle (Ecole psychosomatique de Paris), enfin et peut-être surtout le concept d’alexithymie, forgé en 1972 par P.E.Sifneos, psychiatre à Boston. Ce dernier concept désigne étymologiquement l’incapacité à « lire » ses émotions (alexie de la thymie), c’est-à-dire en fait à ressentir et décrire ses états affectifs, avec une vie fantasmatique pauvre et un hypercontrôle émotionnel. Pour cet auteur, comme d’ailleurs aussi pour les psychanalystes de l’école de Paris, tout se passe comme si le corps s’exprimait, à défaut d’une adaptation possible de l’appareil psychique. Jean-Michel Thurin y a ajouté l’idée de « vie sans soi », titre de son principal ouvrage à ce sujet.

 

On voit que tous les auteurs cités ou presque étaient de formation psychanalytique mais il faut insister sur le fait que les approches biologiques sont tout aussi importantes : c’est évoquer ici Hans Selye et le syndrome d’adaptation au stress ou encore le grand physiologiste américain Walter Bradford Cannon et sa « sagesse du corps » (The wisdom of the body) ou encore son très célèbre « fight or flight ». Le français Henri Laborit peut à juste titre leur être associé, avec son fécond concept « d’inhibition de l’action ».

 

La prise en charge thérapeutique des troubles psychosomatiques fait appel à des techniques psychothérapeutiques, comportementales et parfois médicamenteuses.

Les psychothérapies nécessitent à un cadre très spécifique : séances plutôt longues, pas trop fréquentes et avec un abord particulier des défenses mentales du patient qui vise plus à soutenir et développer le fonctionnement mental qu’à interpréter les défenses ou le transfert.

Les techniques comportementales peuvent faire appel à la relaxation, la sophrologie ou encore le bio-feed-back.

Les traitements médicamenteux peuvent utiliser les anxiolytiques ou les antidépresseurs.